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Des Femmes Forcées De S’empoisonner Pour Travailler

Quand ils ouvrent le cercueil, la vérité est enfin exposée !

Des centaines de femmes de la classe ouvrière se rendaient dans leur atelier où elles devaient peindre des cadrans et des montres avec du radium, un élément que Marie Curie a découvert il y a un peu moins de vingt ans, pendant la Première Guerre mondiale.

Il s’agissait d’un travail d’élite pour ces petites ouvrières, elles gagnaient trois fois plus que la moyenne des employés d’usine. Ces travailleuses pouvaient donc se permettre quelques libertés financières. Il y avait de nombreuses adolescentes aux petites mains parmi elles, l’idéal pour ce job.

La lumière du radium attirait beaucoup de gens et les peintres de cadrans étaient appelés « les filles fantômes » parce qu’en fait, elles brillaient carrément dans le noir. Elles portaient donc leurs plus belles robes pour aller danser. Elles mettaient même du radium sur leurs dents.

Une jeune fille de 18 ans nommée Grace Fryer et ses amis suivaient la technique enseignée scrupuleusement : elles devaient mettre la pointe du pinceau entre leurs lèvres afin de l’affiner. Ce faisant, elles avalaient une infirme quantité de la peinture verte lumineuse.

C’était sans danger, leur disait on, c’était juste un mensonge. Depuis sa découverte, il a toujours été su que le radium était bien dangereux. Les radiations ont causé des brûlures à Marie Curie. Il y a eu plusieurs décès suite à des empoisonnements au radium, avant même que l’on ne commence à peindre les cadrans. Les hommes travaillant dans les compagnies de radium portaient de tabliers en plomb dans les laboratoires avant de manipuler l’élément avec des pinces aux pointes d’ivoire. Quant aux peintres, on ne prenait pas de telles précautions, et elles ne savaient rien de tout ça.

Les responsables se disaient qu’une petite quantité de radium ne présentait aucun danger pour la santé. On le buvait en tonic, il y en avait dans le beurre, le lait, la pâte dentifrice et les cosmétiques.

Une collègue de Grace, Mollie Maggia été obligée de partir de l’atelier, car elle était très souffrante. Elle n’avait aucune idée de ce qu’elle avait. Elle a commencé par avoir mal à une dent. Son dentiste lui a enlevé la dent, mais une autre dent a commencé à lui faire mal et ils ont dû l’enlever aussi. Elle avait des ulcères dans toute la bouche. Ensuite, c’était le tour de ses membres, elle n’arrivait même plus à marcher. Son médecin a d’abord pensé à des rhumatismes et lui a prescrit uniquement de l’aspirine. Mollie n’avait presque plus de dents en mai 1922 et l’infection s’était répandue. L’os de sa mâchoire s’est carrément effrité sous les doigts du dentiste pendant une opération. Sa mâchoire a dû être retirée, sans opération.

Les tissus de sa gorge ont été attaqués, Mollie se désagrégeait. Sa bouche s’était remplie de sang le 12 septembre 1922 et l’hémorragie était impossible à stopper. Elle est morte à 24 ans. L’une après l’autre, plusieurs collègues de Mollie ont connu le même sort.

Comme on pouvait s’y attendre, l’employeur a nié toute responsabilité dans ce qui arrivait à ces jeunes femmes, mais un expert a fait des recherches sur le sujet en 1924 pour enfin faire la lumière sur le lien entre la maladie de ces femmes et le radium.

Ces femmes ont ingéré du radium et celui-ci émettait sans cesse des radiations qui a fini par fragiliser leurs os. Pendant qu’elles étaient encore en vie, il creusait des trous dans leur corps. Elles avaient les jambes qui se raccourcissaient et cassaient spontanément. Leurs os brillaient du fait du radium. Malheureusement, on ne pouvait pas le retirer.

Et si ce n’était pas le même problème qui tuait toutes ces femmes… Elles avaient un sarcome et des tumeurs cancéreuses aux os qui finissaient par se développer sur l’ensemble de leur corps.

Catherine Wolfe, une ex-employée qui avait une tumeur grosse comme un pamplemousse à la hanche, est allée se plaindre devant la justice, pendant la Grande Dépression. Elle n’avait plus de dents et certaines parties de sa mâchoire sont même tombées. Elle devait toujours avoir un mouchoir à portée de main pour absorber le pus. Tout comme certaines de ses amies, elle a été abandonnée par ses proches parce qu’elle a osé attaquer une des rares entreprises qui tenaient encore. Quand bien même elle était proche de la tombe, c’est depuis son lit de mort qu’elle a donné des preuves à la Cour. Son avocat Leonard Grossman, travaillant bénévolement avec elle, l’a aidée à rendre justice à toutes ces femmes.

C’était l’une des premières affaires où un employeur a été tenu responsable de l’état de santé de ses employés. Cela a conduit à la création de l’Administration de la Santé et de la Sécurité au Travail. 14 000 personnes perdaient la vie chaque année à cause de leur travail. Aujourd’hui, ce nombre est de 4 500.

Concernant les effets du radium, les « filles fantômes » ont laissé un héritage qui n’a pas de prix à la science.

Crédit photo : Facebook

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